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Ouvrir un restaurant : SARL ou SAS, quel statut choisir et quel impact sur la rémunération du dirigeant ?

La question arrive toujours au même moment : entre la signature du bail et le rendez-vous à la banque. Le comptable dit SAS, le beau-frère dit SARL, et personne ne vous explique ce que ça change concrètement sur votre fiche de paie. Voici le comparatif vu de derrière le passe, pas depuis un cabinet.

Ce que le statut ne change pas

Commençons par évacuer un malentendu. Que vous soyez en SARL ou en SAS, vos obligations d’exploitant sont identiques :

L’inspecteur de la DDPP ne vous demandera jamais vos statuts. Le choix SARL ou SAS est une décision de patron, pas une décision de cuisinier. Et c’est une décision qui se chiffre.

Le point commun : deux sociétés, un même socle

SARL et SAS sont deux sociétés commerciales à responsabilité limitée. Dans les deux cas : capital libre à partir de 1 euro symbolique, impôt sur les sociétés par défaut (15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà), option possible pour l’impôt sur le revenu pendant cinq exercices, ACRE accessible au dirigeant la première année. Les formalités de création sont les mêmes, à quelques dizaines d’euros près sur l’annonce légale.

Pour le détail des démarches et des coûts de création, le comparatif SARL ou SAS d’Indy fait le tour de la question. Ici, on se concentre sur ce qui compte pour un restaurateur : ce que le patron touche, ce que ça lui coûte, et ce qui se passe le jour où il revend.

La vraie différence : le statut social du patron

C’est là que tout se joue, et c’est ce que les comparatifs généralistes survolent.

Gérant majoritaire de SARL : travailleur non salarié (TNS)

Si vous détenez plus de 50 % des parts (seul ou avec votre conjoint et vos enfants mineurs), vous êtes affilié à la Sécurité sociale des indépendants. Vos cotisations représentent, en ordre de grandeur, 45 % de votre rémunération nette. Pour vous verser 2 000 € net par mois, la société décaisse environ 2 900 €.

Point souvent oublié : le TNS paie des cotisations minimales même sans rémunération, de l’ordre de 1 200 à 1 300 € par an. Et les cotisations de la première année sont calculées sur une base forfaitaire, puis régularisées l’année suivante. Le restaurateur qui a eu une bonne première année et qui reçoit la régularisation en même temps que la baisse de janvier connaît bien le problème.

Président de SAS : assimilé salarié

Vous relevez du régime général, comme vos employés, à une exception près : vous ne cotisez pas au chômage et vous n’y avez pas droit. Cotisations salariales et patronales cumulées : environ 80 % de votre net. Pour 2 000 € net, la société décaisse environ 3 600 €.

En contrepartie : pas de rémunération, pas de cotisation. Zéro. Ce qui semble confortable la première année devient un piège : zéro cotisation, c’est aussi zéro trimestre de retraite validé et zéro indemnité journalière si vous vous cassez le poignet en salle.

Le cas du gérant minoritaire ou égalitaire de SARL

Il est assimilé salarié, comme un président de SAS. C’est le montage classique du restaurant à deux associés à 50/50 : les deux gérants sont au régime général. Si l’un des deux passe à 51 %, il bascule TNS. Vérifiez la répartition avant de signer les statuts, pas après.

En chiffres : ce que coûte 2 000 € net au patron

Pour 2 000 € net mensuelSARL (gérant majoritaire, TNS)SAS (président assimilé salarié)
Coût total pour la société≈ 2 900 €≈ 3 600 €
Écart annuel≈ 8 400 € par an en faveur de la SARL
Cotisations si rémunération à zéro≈ 1 200 à 1 300 €/an0 €
ChômageNonNon
RetraiteBase + complémentaire indépendants, plus faible à cotisation égaleRégime général + AGIRC-ARRCO, plus solide
Indemnités journalières maladieOui (SSI, commerçants)Oui (régime général), meilleures

Ordres de grandeur 2026, à affiner avec votre expert-comptable selon votre situation. Les taux évoluent chaque année : référez-vous aux barèmes URSSAF en vigueur.

8 400 € par an, c’est deux mois de loyer d’un restaurant de 40 couverts en centre-ville de Lyon. Ou l’équivalent d’un point de coût matière sur un chiffre d’affaires de 800 000 €. Ce n’est pas un détail comptable.

Les dividendes : l’argument SAS, à manier avec prudence

En SAS, les dividendes sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux), sans cotisations sociales. C’est l’argument massue des défenseurs de la SAS : « tu te payes peu en salaire, tu te rattrapes en dividendes ».

En SARL, les dividendes du gérant majoritaire qui dépassent 10 % du capital social (augmenté des primes d’émission et du compte courant) sont réintégrés dans l’assiette des cotisations TNS. Avec un capital de 1 000 €, autant dire que tout passe en cotisations.

Trois réalités de terrain tempèrent l’argument :

  1. Les dividendes se versent une fois par an, sur un bénéfice qui existe. Les deux premières années d’un restaurant, le bénéfice distribuable est rarement là. Vous vivez de votre rémunération, pas de vos dividendes.
  2. Les dividendes ne cotisent pour rien. Ni retraite, ni maladie. Un patron de 45 ans qui se paie 800 € de salaire et 40 000 € de dividendes pendant dix ans arrive à la retraite avec dix années quasi blanches.
  3. Le banquier regarde votre rémunération, pas vos dividendes, quand vous revenez le voir pour la terrasse ou le deuxième établissement.

Le conjoint : l’avantage SARL que les start-ups n’ont pas

Combien de restaurants tournent avec le conjoint en salle, à la caisse ou aux achats, sans fiche de paie ? Beaucoup trop. Au premier contrôle de l’inspection du travail, c’est du travail dissimulé.

En SARL, le conjoint du gérant majoritaire peut prendre le statut de conjoint collaborateur : il est couvert (maladie, retraite) pour un coût très inférieur à une embauche. Ce statut n’existe pas pour le conjoint d’un président de SAS. Là, c’est contrat de travail ou mandat social, rien entre les deux.

Pour un restaurant familial, c’est souvent l’argument qui tranche en faveur de la SARL. Et la SARL dite « de famille » permet en plus d’opter pour l’impôt sur le revenu sans limite de durée, ce qui a du sens les premières années déficitaires.

Le jour où vous revendez

Un restaurant se revend. Souvent plus tôt qu’on ne le pense. Deux chemins : la cession du fonds de commerce (la société vend l’actif) ou la cession des titres (vous vendez vos parts ou vos actions).

Sur la cession de titres, l’écart est net : droits d’enregistrement de 3 % en SARL (après un abattement de 23 000 € proratisé) contre 0,1 % en SAS. Sur une cession de parts à 200 000 €, cela représente environ 5 300 € en SARL contre 200 € en SAS, à la charge de l’acquéreur. Ce n’est pas vous qui payez, mais c’est un argument de négociation que le repreneur utilisera.

En SAS, la cession d’actions est libre par défaut, sauf clause d’agrément dans les statuts. En SARL, l’agrément des associés est obligatoire pour un tiers. Pour un restaurant à plusieurs associés, cette protection peut être un avantage : personne ne fait entrer un inconnu au capital sans votre accord.

Alors, SARL ou SAS pour un restaurant ?

Pas de réponse universelle, mais des profils nets.

La SARL est faite pour vous si : vous ouvrez seul ou en couple, vous allez vous verser une rémunération régulière dès le début, votre conjoint travaille dans l’affaire, vous voulez le coût social le plus bas possible pendant les années de démarrage, et vous n’envisagez pas de lever des fonds.

La SAS est faite pour vous si : vous êtes plusieurs associés avec des apports différents, vous prévoyez d’ouvrir d’autres établissements ou de faire entrer des investisseurs, vous tenez à la protection sociale du régime général (retraite, prévoyance), ou vous ouvrez en parallèle d’une activité salariée qui couvre déjà vos besoins sociaux.

Une règle de terrain pour trancher : si votre business plan prévoit de vous payer moins de 1 500 € net par mois les deux premières années, la SARL vous coûtera moins cher et vous protégera mieux qu’une SAS sans salaire. Au-delà de 4 000 € net avec un bénéfice distribuable, l’écart se resserre et la SAS reprend l’avantage sur la retraite.

Et dans tous les cas, rien n’est définitif : une SARL se transforme en SAS, et inversement. Ce qui coûte cher, ce n’est pas de changer, c’est d’avoir choisi sans calculer.

Le statut, ce n’est que la première ligne du business plan

Le choix SARL ou SAS pèse quelques milliers d’euros par an. Le coût matière, la masse salariale et un contrôle sanitaire raté pèsent dix fois plus. C’est pour mettre tout ça dans le bon ordre que nous avons créé L’Académie du Dirigeant CHR : un parcours pour les créateurs et repreneurs qui veulent ouvrir en règle, et surtout rester ouverts.

Première étape avant même les statuts : les deux formations obligatoires, hygiène alimentaire et permis d’exploitation, regroupées dans le Pack Ouverture Sérénité. Parce qu’un restaurant parfaitement structuré juridiquement et fermé par la DDPP ne rapporte rien à personne.

Sources : code de commerce (articles L. 223-1 et suivants pour la SARL, L. 227-1 et suivants pour la SAS) ; code de la sécurité sociale (article L. 311-3 pour les dirigeants assimilés salariés, L. 131-6 pour l’assiette des cotisations des travailleurs indépendants) ; code général des impôts (articles 726 pour les droits d’enregistrement sur cessions de titres, 219 pour l’IS, 200 A pour le PFU) ; barèmes URSSAF 2026.

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